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Israël/Hamas: L'opération militaire de trop ?

Publié le par hb

La violence a de nouveau repris ses droits au Proche-Orient entre Israël et le Hamas. Ce scénario devient un classique lancinant joué par les mêmes acteurs et dont les victimes sont toujours les populations civile. Un retour sur les événements déclencheur est nécessaire à la compréhension de cette tragique situation.

Depuis la dernière opération militaire « Plomb durci » en novembre 2008, une période de trêve a été observé par les deux camps armés. Cet état de calme relatif a été rompu le 7 et 8 octobre par des raids aériens de Tsahal (l’armée israélienne), ce qui a engendré des répliques de la part du Hamas ainsi que d’autres groupuscules armés. D’après quelques témoignages dont celui d’un membre connu de l’association IPCRI (centre de recherche et d’information Israël Palestine), Gershon Baskin (rapporté par le quotidien Haaretz le 16 novembre) une trêve a été finalisée par l’Egypte avant le lancement de l’opération « Pilier de défense » par le gouvernement israélien. Ce détail a son importance puisqu’il montrerait l’indifférence d’Israël face à l’action de médiation égyptienne.

 

L’étincelle déclenchée par la mort d’Ahmed Jabari

 

Dès lors, L’opération militaire enclenchée le mercredi 14 novembre a envenimé considérablement les choses puisqu’il a amené comme première étape l’assassinat d’un membre important de la branche armée du Hamas, Ahmed Jabari ce qui leur permettrait de porter un coup rude à l’organisme. La chose semble, en apparence, logique dans les plans israéliens mais cet assassinat couvre une autre absurdité de taille. Ahmed Jabari était membre de l’aile armée du Hamas mais surtout « un sous-traitant en charge du maintien de la sécurité d’Israël dans la bande Gaza » (Haaretz, le 15 novembre). Un homme qui a été durant des semaines de campagne médiatique israélienne, traité comme un « archi-terroriste » et pris comme leurs « Ben Laden ». L’incompréhension et d’autant plus grande que le Hamas encore considéré comme un « groupe terroriste » avait mis tous les moyens en œuvre pour faire respecter cette trêve, jusqu'à dépêcher ce haut gradé en faveur de la sécurité d’Israël.

Cet assassinat apparaît comme un très mauvais signal et alimente le climat explosif de la situation au Proche-Orient. Le Hamas a répliqué de son côté par des roquettes tirées depuis la bande de Gaza. En ajoutant celles tirés par les autres groupuscules, le nombre s’élèverait à plus de 600  depuis samedi contre plus de 500 raids aériens de Tsahal accompagnés de bombes ou de missiles F-16. Le bilan humain, ce dimanche s’élèverait à 54 morts, dont de nombreux enfants et civils, selon les services de santé de la bande de Gaza. 3 civils israéliens ont péri quant à eux à Kiryat Malachi, à 25 kilomètres de Gaza.

  

Un pilier de défense au goût de plomb durci

  

Ces troubles ne sont pas sans rappeler l’opération « Plomb durci » du mois de décembre 2008 qui a duré plusieurs semaines et dont le bilan humain s’est estimé à 1400 palestiniens tués et 4 du côté israélien. Tout porte à croire que l’opération « Pilier de défense » prendra le même chemin, notamment avec quelques signes particulièrement inquiétants comme le rappel de 75000 réservistes israéliens. Lors de Plomb durci, 10000 soldats avaient été mobilisés. C’est deux fois et demi de plus que les mobilisés pour la guerre du Liban comme le souligne le journaliste Charles Enderlin via son compte Twitter.

Plusieurs centres de presses ont été détruit par d’autres raids israéliens, ce qui prouve que les mêmes méthodes d’intimidations sont toujours d’usage dans la bande de Gaza. Le Premier Ministre israélien se dit prêt à envisager toutes éventualités y compris l’attaque terrestre. Une vaste opération de communication de l’armée est faite via les réseaux sociaux où l’on peut suivre le déroulement des opérations presque en instantanée. Tout est fait pour moraliser  cette opération militaire, sur fond de justification, et la rendre acceptable aux yeux de la communauté internationale. Cela tranche avec la volonté de rendre le moins possible d’échos médiatiques à la situation à Gaza par cette attaque à l’encontre de la presse internationale.

 

Une opération militaire qui vise la Knesset

 

Cette opération militaire est considérée pour beaucoup, comme une manœuvre électoraliste. Il s’agirait de cibler la Knesset à travers les élections législatives du 22 janvier 2013 suite à sa dissolution au mois d’octobre. Les attaques de roquettes et les raids aériens  qui s’en suivent sont un moyen efficace de faire l’union nationale autour de la sécurité d’Israël. Déjà favori et au plus haut dans les sondages, Benjamin Netanyahou ainsi que son gouvernement cherchent à se rendre indispensable à son pays pour rester au pouvoir et surtout colorer la Knesset encore plus à droite malgré un gouvernement de coalition déjà bien représenté par le Likoud (parti du Premier Ministre). Ce tournant politique serait un terreau plus propice à une intervention militaire en Iran dont Netanyahou ne cesse de rappeler son danger potentiel une fois l’arme nucléaire en sa possession. Après avoir fait une tournée internationale pour rompre son relatif isolement diplomatique et chercher des soutiens, le Premier Ministre joue désormais sur cette fameuse corde sensible qu’est la défense nationale face au danger extérieur.

 

Quelles finalités à venir ?

 

Cette stratégie prévue de longue date par le gouvernement israélien peut s’avérer risquée si elle arrive à son terme, c'est-à-dire à un déploiement de l’étendue de la panoplie militaire sur un minuscule territoire (360 kilomètres carrés) où plus d’ 1,5 million d’habitants y séjournent, soit plus de 4 500 personnes par kilomètre carré. Sous couvert d’assassinats ciblés, l’autre but est de terroriser la population et faire porter cette responsabilité au Hamas, en n’hésitant pas à faire des victimes civiles comme moyen de pression ultime.

Malgré le soutien d’une majorité d’Israéliens, les retombées de cette opération pourrait se retourner contre lui, d’autant plus que la situation géopolitique a changé depuis 2009, où le Printemps arabe a rebattu les cartes, avec le gouvernement du Président Mohamed Morsi, la Tunisie dont son ministre des affaires étrangères, Rafik Abdessalem  a été dépêché à Gaza pour « une visite de solidarité », ou encore la Turquie depuis le massacre de la flottille turque à Gaza en 2011 où 9 de leurs concitoyens ont trouvé la mort. Les pays arabes commencent à parler d’une même voix et œuvrent pour mettre fin à cette escalade à l’image de l’Egypte qui annonce les modalités d’une trêve prochaines. Ceci n’empêchera pas l’opération « Pilier de défense » d’arriver à son terme malgré les injonctions de la communauté internationale pour stopper cette violence mais cette unité face à cette situation fera porter un poids encore plus lourd  à la culpabilité d’Israël qui manifestement, se sert de Gaza comme d’un terrain de jeu pour montrer ses muscles, ramener le territoire au Moyen âge (propos d'un ministre israélien), faire céder le Hamas, voire avertir et dissuader Téhéran d’acquérir la bombe nucléaire.

 

 

HB

 

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